/expérience
/criticas
/sécurité
|
La sécurité pendant la construction d’une citerne en Haïti
Intro
Contacté par un couple Martiniquais, HSF vient de terminer une citerne communale de 200 mètre cube dans la région de Jacmel, le Nord d’Haïti. Trois coopérants de HSF ont été sur place pour guider les travaux : André Gonsolin, Patrick Deguette et moi. Avant de mon départ les gens m’ont parlé sans cesse de l’insécurité en Haïti à cause de l’instabilité politique, les enlèvements et la pauvresse. La vengeance ! Maintenant c’est mon tour de vous parler de l’insécurité en Haiti. Non pas un discours sur les kidnappings, ni la problématique politique, mais la (in)sécurité sur le chantier.
Je décrirai les conditions de sécurité du chantier avant de rentrer plus profond dans la problématique avec une petite réflexion.
La sécurité sur le chantier
Je me rappelle bien que nous avons discuté sur les mesures de sécurité sur le chantier avant notre départ. Est-ce que nous allons emporter nos chaussures de sécuritité, gants, lunettes,... ou est-ce que nous allons pouvoir acheter toutes ces choses sur place ? Apparemment on pouvait trouver ses affaires à Jacmel, mais comme première mesure de sécurité André avait quand même mis ces chausseurs « point métal » dans sa valise. Comme c’était un « chantier école » il fallait donner le bon exemple. Il est devenu clair très vite que ce sont plutôt nous qui ont suivi leur exemple… .
Croquis(aperçu) du chantier
Après la traverse du grand océan et de Port-au-Prince sans incidents nous arrivions à Montagne la Voûte, village très calme. Village si calme que ce ne étaient pas les kidnappeurs qui formaient la plus grande menace pour nous, mais que c’était notre propre chantier. Je vous présente un croquis de la condition du chantier :
Les gens qui faisaient les fouilles étaient en train de travailler pieds nus. C’est la façon commune de travailler à Montagne la Voûte. Travailler avec les chaussures pourrait les abîmer. Ils ont l’habitude de travailler sans casque, sans gants et sans lunettes et nous n’avons pas essayé de changer cela. Comme c’était l’habitude locale nous n’avons même plus fait des efforts de nous acheter des vêtements de sécurité pour nous même non plus. Question d’intégration dans la culture locale ;-). Leurs outils était comme leurs mesures de sécurité : relativement primitives. Une combinaison qui est encore acceptable car le travail sans meuleuse, perceuse ou scie électrique demande moins de précaution que le travail avec les outils non artisanaux.
Le chantier était situé à coté de l’école et le terrain est, comme tous les terrains dans la région d’ailleurs, assez raid. Les travaux étaient prévus dans les mois d’été parce que c’est une période de vacances scolaires. Mais cela ne veut absolument pas dire qu’il n’y avait pas d' enfants sur le chantier. Deux raisons. Quand les enfants de la Voûte commençaient à avoir marre de se promener dans les rues, de se promener un peu dans les rues, de se promener dans les rues et toutes les autres activités de vacances, ils venaient donner un coup d’œil sur le chantier sensationnel qui se trouvait à leur école. Parfois il y avait aussi des cours d’été à l’école. Heureusement qu’un enfant est un être curieux et avec volonté de découvrir, mais malheureusement les enfants qui traînent un peu partout sur le chantier ne nous donnent pas une note très bonne pour notre examen de sécurité.
C’était notre devoir de garder le chantier bien organisé et je me permets de dire que là nous méritons un score plus élevé. Ce qui n’empêche pas qu’il y avait des ferrailles un peu partout. Quand le chantier avançait les ferrailles déjà placées sortaient du béton et formaient des aiguilles non protégées. J’ai l’impression que je suis en train d’écrire un roman horreur, et nous ne sommes pas encore arrivés à la fin ;-).
Pour l’organisation et la netteté du chantier j’ai essayé d’introduire le concept de la « poubelle ». J’ai dû terminer ma bataille avant qu’elle était bien commencée. Les Haïtiens n’utilisent pas des poubelles. Tous les déchets sont systématiquement jetés par terre sans que ça provoque la honte que ça provoque chez l’Européen bien éduqué. Comme il n’y a pas de collecte des ordures les gens sont obligés à jeter ou brûler leurs déchets. Souvent les gens ont un trou pour jeter leurs ordures, ou ils les jettent en bas d’un arbre. Surtout dans les villes ce problème est catastrophique, il y a des égouts ouverts avec des ordures partout.
La liste des exemples est très longue et je vais m’arrêter en mentionnant encore Guito, notre ferrailleur qui venait souvent au chantier après quelques verres de « klerè », distillat de canne à sucre. L’équipe des maçons voulait boire la même boisson pendant les coulages du béton. Apparemment une tradition en Haïti, mais au niveau de la sécurité j’ai mes doutes.
Echafaudages
Je vais sauté au sujet qui mérite un propre paragraphe : les échafaudages. Non pas peu important comme la citerne fait plus de 4m d’hauteur.
Au moment d’arriver à Port au Prince nous avions consulté quelques fournisseurs de matériel de construction. Nous voulions louer à tout prix des échafaudages métalliques. Au début ce n’était pas seulement parce que nous étions convaincus que les échafaudages métalliques étaient les seuls moyens pour nous garantir la sécurité, mais plutôt à cause de notre préoccupation pour le bois. Comme vous savez ou apprenez maintenant, le bois est un produit très rare en Haïti. Les dernières décennies il y a eu une terrible déforestation dans ce pays qui est maintenant la cause principale de plusieurs problèmes très sérieux. Il y avait un fournisseur qui nous pouvait louer un échafaudage métallique pour un prix acceptable. Les frais de transport étaient par contre trop élevés : 3000 $ Haïtien, l’équivalent de 380 $ Américain environ par voyage. Le salaire de 100 jours de travail pour un maneuvre et cela pour un transport entre les deux villes d’Haïti qui sont connectées par la meilleure route du pays ! Plus tard, à l’arrivée à Jacmel nous nous sommes renseignés sur la possibilité de louer des échafaudages métalliques à Jacmel. Réponse négative. Les Haïtiens ont l’habitude de louer des échafaudages en bois (chevrons et contre plaquettes). Nous avons hésité « ampil ampil », « beaucoup beaucoup » puisque nous ne voulions pas économiser dans la sécurité et nous le trouvions une bonne opportunité pour montrer aux Haïtiens qu’il existe des alternatives pour les échafaudages en bois. Nous nous avons laisé convaincre par l’ingénieurs Haïtien, la sœur Laly et le Père Simon et la décision final est devenue : avec les moyens de la population locale. Comme dit l’idéal.
Deux Incidents à cause de l’échafaudage
Quand les maçons avaient monté les échafaudages j’étais étonné par la stabilité de leur construction. Jusqu’à ce moment là j’avais été très sceptique sur les bois qu’on avait loué. Progressivement, puisque les échafaudages résistaient bien ils avaient gagné ma confiance.
Un des travaux les plus risqués du chantier étaient le placement des poutrelles préfabriquées relativement lourdes. C’est pendant ces travaux que nous avons eu beaucoup de chance. Durant la transportation de la poutre la plus lourde, deux chevrons essentiels pour les échafaudages avaient craqué. Heureusement que l’échafaudage à tenu le coup, sinon nous serions tous tomber avec la poutrelle dans les mains. Nous sommes échappés très juste à ce qui aurait pu être un accident catastrophique.
Deuxième incident : Pendant que le béton de la dalle supérieur de la citerne était en train de couler, Patrick et moi se retrouvions dans la citerne, en train de nettoyer et de libérer les échafaudages intérieurs. Nous avions mis des blocs et plusieurs autres matériaux sur les échafaudages. Quand j’ai monté sur les blocs pour pouvoir sortir de la citerne environ le même défaut que le cas mentionné au dessus s’est produit. Les échafaudages ont craqués mais n’étaient pas encore tombés. Je me suis accroché quelque part et j’ai commencé à enlever les bloques. Quand Patrick s’est rapproché pour aider tout l’échafaudage avec Patrick dessus est tombé dans le font de la citerne. Encore une fois beaucoup de chance que Patrick n’était pas gravement blessé.
Comment est-ce que ces deux accidents ont pu se produire ? Evidemment qu’il n’existe pas qu’une seule raison. Les accidents sont toujours le résultat d’un concours d’évènements. Il y a toujours des facteurs humains et des facteurs non humains. On peut dire que dans ces deux cas le facteur mécanique est très clair et très important. Les échafaudages sont loués à plusieurs reprises. Chaque fois les bois utilisés pour les faire sont perforés par des clous. Quand ils arrivent chez toi tu n’as aucune idée de la quantité de locations avant toi. Il est alors très bien possible, ce que était le cas chez nous, que les bois ont été tellement perforés par des clous qu’ils ont perdu toutes leurs forces mécaniques.
Réflexion
Tous ces exemples forment la matière grasse pour une bonne réflexion. Qu'est-ce qu' on peut faire pour augmenter la sécurité sur un tel chantier ?
Payer à tout coût le prix de la sécurité en investissant dans le matériel sûr et des équipements de sécurité ? Même si cela pourrait devenir très cher à cause d’une manque de moyens dans les pays sous développés ? Et si l’argent des partenaires ne suffit pas pour payer tous ces frais supplémentaires, est-ce qu’on abandonne le projet ou est-ce que on prend le risque ?
Commençons par les mesures de sécurité de base, le casque, les chaussures et gants, … . Est-ce qu’on peut venir sur un chantier et obliger les gens à porter ces équipements ? Les gens ont leurs habitudes de travail et une telle intervention risque d’être interprété très vite comme « le blanc qui vient ici pour nous commander ». Dans une coopération il faut intégrer les coutumes locale, mais ou est-ce que on met la limite ? Si nous allons obliger les gens qui ont toujours eu l’habitude de travailler pieds nus à mettre des chaussures de sécurité cela peut devenir plus dangereux pour eu. Grimper sur les échafaudages avec des chaussures lourdes quand tu n’as pas l’habitude peut augmenter le risque d’une chute. Travailler avec un casque et des gants dans un pays où tu te transpires même nu une déshydratation n’est pas évident non plus. En plus, une obligation sans plus peut changer un comportement temporairement, mais ne va jamais changer une attitude profonde. Une fois que tu tournes la tête les gens vont se débarrasser des équipements. Une possibilité est d’organiser une réunion de sensibilisation avec les personnes importantes du chantier et de leurs offrir la possibilité d’utiliser les équipements de sécurité. Ils peuvent les essayer et ce sont eux qui décident volontairement s’ils veulent les porter ou pas. A nous de donner le bon exemple bien sûr. Parce qu’il y a toujours des gens qui vont et viennent pour travailler sur le chantier il est difficile d’équiper tout le monde. Mais cela n’est pas forcément un aspect négative. On peut exploiter l’ordre social pour augmenter la sécurité. Si ce sont les « bòs » et les ingénieurs qui portent les vêtements de sécurité, ces vêtements deviennent signe d’importance. Les vêtements de sécurité deviendront des symboles bien vus. Peut-être ceci n’est pas très correct au niveau de l’égalité de l’homme, mais ça pourrait marcher comme ça en Haïti.
Et pour des investissements plus importants comme les échafaudages ? On pourrait louer des échafaudages métalliques très chers pour leur montrer cette possibilité, mais dès que ce sont eux qui vont devoir payer les frais de location ils vont retourner aux même bois pourri. Une solution est de bien sensibiliser et d’essayer de trouver des solutions adaptées ensemble. L’utilisation du bambou pour les échafaudages pourrait être une solution. Le bambou est un produit qui peut être produit localement, qui ne doit pas coûter cher et qui possède toutes les caractéristiques mécaniques nécessaires. Malheureusement que nous n’avons pas eu ou pris le temps de nous en occuper plus. Avant tout il y avait un projet à terminer.
Il est clair et évident que tout dépend des moyens à disposition. Quand on doit grimper pour survivre tout change et la réflexion sur la sécurité est loin. En fait, toutes les mesures pour augmenter la sécurité sont dans un sens des produits de luxe. Ils ne sont souvent pas indispensables mais ils diminuent le risque. Tellement qu’elles sont devenues importantes dans notre société européenne de consommation, tellement inutiles et absentes dans la culture de survivre d’Haïti.
Conclusion
Quand nous sommes arrivés en Haïti pour la construction d’une citerne nous nous avons plutôt adaptés ou façon bricolage-débrouillage des Haïtiens au lieu d’investir dans des mesures de sécurité correctes. La pression du temps a fait que nous nous avons concentré sur le résultat et que nous n’avons appliqué que les mesures de sécurité essentiels.
Nous avons fait un grand erreur : la location de bois pour les échafaudages. Cela a résulté en deux incidents sans fin trop graves. Non pas à répéter.
Il est clair que les Haïtiens ont une notion de sécurité qui est complètement différente de celle d’un européen. La conséquence compréhensible de leur culture de survivre. Cela veut dire qu' investir dans la sécurité sur un chantier en Haïti veut dire investir aussi dans la sensibilisation de la sécurité.
Bon, je remonte sur ma moto. Bien sûr que j’oublie mon casque, que mon pantalon n’est pas encore lavé et que les sandales me permettent d’avoir des pieds bien frais quand je roule. Et oui, encore une petite chose : André a mis ses chaussures de sécurité une fois pendant son séjour en Haïti : pour aller visiter une source.
|
|